Tout salarié du secteur privé est suivi par un service de prévention et de santé au travail, la « médecine du travail ». Ce suivi commence à l'embauche, se poursuit tout au long de la carrière et reprend après un arrêt de travail long. Voici les visites obligatoires, leurs délais, ce que le médecin du travail peut décider et comment contester son avis, d'après Service Public et le Code du travail consultés le 31 octobre 2026.
Qui est suivi par la médecine du travail ?
Les entreprises privées et certains établissements publics employant du personnel de droit privé doivent adhérer à un service de prévention et de santé au travail (SPST). Sous 500 salariés, l'employeur adhère à un service interentreprises ; à partir de 500 salariés, il peut aussi organiser un service propre à l'entreprise.
Sont suivis les salariés en CDI, en CDD (contrat de professionnalisation, contrats aidés compris), en intérim et en apprentissage. Les salariés d'un particulier employeur et les assistantes maternelles relèvent de règles particulières. Les stagiaires de l'enseignement scolaire ou universitaire ne sont pas concernés.
L'employeur doit afficher les coordonnées du service sur le lieu de travail. Le salarié peut le contacter lui-même, sans l'accord de son employeur, et ne peut pas être sanctionné pour l'avoir fait.
Le rôle du médecin du travail
Le rôle du médecin du travail est préventif. Il travaille avec une équipe (infirmiers, intervenants en prévention des risques) et conseille l'employeur, les salariés et leurs représentants sur les risques professionnels, les conditions de travail, la prévention du harcèlement moral ou sexuel, des addictions et le maintien dans l'emploi.
Il ne soigne pas et ne délivre pas d'arrêt maladie, mais il peut prescrire des examens complémentaires, à la charge de l'employeur. Il est tenu au secret : il ne transmet pas à l'employeur d'information médicale sur le salarié. Il a libre accès aux lieux de travail.
La visite d'information et de prévention à l'embauche
Tout salarié nouvellement recruté passe une visite d'information et de prévention (Vip). Elle sert à interroger le salarié sur sa santé, l'informer des risques de son poste et des moyens de prévention, et repérer s'il doit être orienté vers le médecin du travail. Un dossier médical en santé au travail est ouvert.
Délais :
La Vip peut être menée par un infirmier ou un autre professionnel de santé du service, sauf pour un travailleur handicapé, un titulaire d'une pension d'invalidité ou un travailleur de nuit, qui voient le médecin du travail. À la fin, une attestation de suivi est remise au salarié et à l'employeur : elle indique la date de la prochaine visite. Sous certaines conditions, un salarié nouvellement recruté peut être dispensé de cette visite.
Renouvellement : dans un délai fixé par le médecin du travail, au maximum 5 ans, ramené à 3 ans pour un travailleur handicapé, invalide ou de nuit.
Le suivi individuel renforcé des postes à risques
Un salarié exposé à des risques particuliers bénéficie d'un suivi individuel renforcé (SIR). Sont notamment concernés les postes exposés à l'amiante, au plomb, aux agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, aux rayonnements ionisants, à certains agents biologiques, ou au risque de chute lors du montage d'échafaudages. L'employeur complète cette liste, après avis du médecin du travail et du CSE, et doit justifier par écrit chaque poste ajouté.
À la place de la Vip, le salarié passe un examen médical d'aptitude avant l'embauche, réalisé par le médecin du travail. Cet examen est renouvelé au moins tous les 4 ans, avec une visite intermédiaire au plus tard 2 ans après. Le médecin remet un avis d'aptitude ou d'inaptitude. Quand l'exposition cesse, ou au plus tard au départ à la retraite, un dernier examen fait le bilan des expositions de la carrière.
La visite de mi-carrière
Une visite de mi-carrière a lieu dans l'année civile où le salarié atteint 45 ans, sauf accord de branche qui fixe une autre échéance. Elle peut être avancée et couplée à une autre visite dans les 2 ans qui précèdent. Elle fait le point sur l'adéquation entre le poste et l'état de santé, évalue le risque de désinsertion professionnelle et sensibilise au vieillissement au travail. Le médecin peut ensuite proposer par écrit un aménagement du poste ou du temps de travail.
Après un arrêt : rendez-vous de liaison, préreprise et reprise
Autour d'un arrêt de travail long, trois rendez-vous préparent le retour, en complément des règles de l'arrêt maladie :
L'examen de reprise est obligatoire après un congé de maternité, une absence pour maladie professionnelle, une absence d'au moins 30 jours pour accident du travail et une absence d'au moins 60 jours pour maladie ou accident non professionnel. Dès qu'il connaît la date de fin de l'arrêt, l'employeur saisit le service, qui organise l'examen le jour de la reprise ou au plus tard dans les 8 jours. Si l'employeur ne le fait pas, le salarié peut le demander lui-même après l'en avoir informé.
Pour les arrêts de travail délivrés depuis l'entrée en vigueur du décret n° 2026-503 du 12 juin 2026, qui a modifié l'article R4624-31, la visite de reprise n'est plus requise, sauf demande du médecin, de l'employeur ou du salarié, si une visite de préreprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise et a conclu qu'aucun aménagement du poste ou du temps de travail n'était nécessaire.
Aménagement, inaptitude et contestation
Le médecin du travail peut proposer des aménagements du poste ou du temps de travail, et des adaptations pour une salariée enceinte. L'employeur en tient compte et, s'il refuse, fait connaître ses raisons par écrit.
S'il constate qu'aucun aménagement n'est possible et que l'état de santé justifie un changement de poste, le médecin peut déclarer le salarié inapte, après un examen, une étude du poste et des conditions de travail et un échange avec l'employeur. L'avis d'inaptitude comporte des indications sur le reclassement, que l'employeur doit en principe rechercher.
Contester : le salarié ou l'employeur saisit le conseil de prud'hommes dans les 15 jours suivant la notification de l'avis. Le conseil peut consulter le médecin-inspecteur du travail.
Le temps des visites est pris sur les heures de travail et payé, ou rémunéré comme du temps de travail effectif s'il se situe en dehors. Le temps et les frais de transport sont à la charge de l'employeur.
Sources
Sources officielles consultées le 31 octobre 2026. Les délais et seuils sont ceux publiés par ces sources ; aucun n'est recalculé dans cet article.
