Ne plus se présenter au travail, ou quitter son poste sans autorisation et sans justification : c'est ce que l'on appelle un abandon de poste. Ses conséquences sont lourdes, car le Code du travail permet à l'employeur, sous conditions, de considérer le salarié comme démissionnaire. Voici les règles applicables en 2026, d'après la fiche de Service Public sur l'abandon de poste (vérifiée le 6 août 2026) et les articles L1237-1-1 et R1237-13 du Code du travail.
Ce guide concerne les salariés du secteur privé en CDI. Comme on le verra, la procédure de présomption de démission ne s'applique ni en CDD ni pendant la période d'essai.
Qu'est-ce qu'un abandon de poste ?
Service Public le définit comme une absence injustifiée du salarié à son poste de travail, notamment s'il quitte volontairement son lieu de travail ou ne s'y présente plus.
Toute absence sans autorisation n'est pas un abandon de poste. L'employeur ne peut pas retenir l'abandon de poste lorsque le salarié quitte son poste pour l'un des motifs suivants :
Ce qui se passe pendant l'absence
Tant que le salarié ne revient pas sans justification légitime, il ne perçoit pas de salaire : son absence suspend le contrat de travail. Le contrat n'est pas rompu pour autant.
L'employeur a alors le choix. Il peut :
La procédure de présomption de démission
Le salarié qui a abandonné volontairement son poste et ne reprend pas le travail après avoir été mis en demeure de justifier son absence et de reprendre son poste est présumé avoir démissionné à l'expiration du délai fixé par l'employeur (article L1237-1-1 du Code du travail). La procédure suit des étapes précises :
1. Une mise en demeure écrite. L'employeur demande au salarié de justifier son absence et de reprendre son poste, par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge. Un modèle de lettre de mise en demeure est proposé par Service Public et par le Code du travail numérique.
2. Un délai de reprise d'au moins 15 jours. La lettre précise le délai dans lequel le salarié doit reprendre son poste. Il ne peut pas être inférieur à 15 jours (calendaires, selon Service Public) et court à partir du jour de présentation de la lettre recommandée par La Poste, ou du jour de la remise en main propre (article R1237-13).
3. L'information sur les conséquences. L'employeur doit informer le salarié des conséquences qui peuvent résulter de l'absence de reprise du travail.
4. À l'expiration du délai, si le salarié n'a pas repris son poste, l'employeur peut le considérer comme démissionnaire.
Le salarié peut répondre à la mise en demeure. S'il invoque un motif légitime qui fait obstacle à la présomption de démission, il l'indique dans sa réponse : le Code du travail cite notamment des raisons médicales, le droit de retrait, le droit de grève, le refus d'exécuter une instruction contraire à une réglementation ou la modification du contrat à l'initiative de l'employeur (article R1237-13). Il peut par exemple transmettre un arrêt de travail pour justifier son absence ; voir notre guide de l'arrêt maladie.
Qui n'est pas concerné ? Selon Service Public, la procédure ne s'applique pas aux salariés en période d'essai ni aux salariés en CDD.
Abandon de poste et chômage
C'est la conséquence la plus importante. Selon Service Public :
Autrement dit, l'abandon de poste n'ouvre pas, en principe, de droit à l'allocation chômage. Pour quitter son emploi, les voies prévues restent la démission, avec son préavis et ses cas de démission légitime, ou la rupture conventionnelle, négociée avec l'employeur.
Contester la rupture devant les prud'hommes
Le salarié considéré comme démissionnaire peut saisir le conseil de prud'hommes pour contester la rupture de son contrat. La procédure est accélérée : l'affaire est portée directement devant le bureau de jugement, qui se prononce sur la nature de la rupture et ses conséquences, et statue au fond dans un délai d'un mois à compter de sa saisine (article L1237-1-1 du Code du travail).
Si l'absence reposait sur un motif légitime, ou si la procédure n'a pas été respectée (absence de mise en demeure écrite, délai trop court), ces éléments sont à réunir avant de saisir le conseil. Pour les règles propres au licenciement, voir notre guide du licenciement.
Sources
Sources officielles consultées le 25 octobre 2026. Les règles et délais sont ceux publiés par ces sources ; aucun n'est recalculé dans cet article.
